• Seule. Tellement seule.

           Je suis sous l’ombre apaisante du plus grand olivier de la colline. La tiédeur de cet arbre me calme. Je viens ici à chaque fois que j’étouffe. Et là, maintenant, je suffoque. J’arrive à l’instant, haletante. Ma tunique mouillée de sueur, colle mes cuisses. J’appuie mon dos contre l’écorce du tronc noueux. Ma respiration ne s’apaise pas pour autant. Mes muscles se tendent, se tordent, se contractent. Mes mains ne ressemblent même plus à des mains. Mes pieds tapent, roulent et essayent de s’enfoncer dans cette terre tellement sèche qu’on dirait de la roche. Mon dos est ensanglanté, le tronc de l’arbre aussi. Je ne n’en peux plus.

       J’aimerais que mon âme aille loin. Qu’elle s’extirpe de ce corps qui n’est pas le mien. Qu’elle se délasse de cette chair putride. Qu’elle s’envole loin de cet amas indigne de ma beauté. Oui, cette peau si pâle qu’elle en devient verdâtre alors que je reste la totalité du jour à l’extérieur, sous un soleil tranchant, n’est pas mienne. Ces yeux disproportionnés par rapport au reste de mon être ne sont pas miens. Et cette chevelure…

       Quand je repense à mon corps splendide, rayonnant de beauté ! Mon corps d’avant. Ma peau miel, mes cheveux feu, mes yeux océan. J’aimais regarder mon magnifique reflet partout où il apparaissait. Toutes les femmes en étaient jalouses. Tous les hommes étaient à mes pieds. Ils me vénéraient comme une déesse. J’étais belle et tout le monde m’enviait. Trop belle pour une humaine sûrement…

     

          Ça y est, j’entends l’appel du soir. Je suis sûre que mes sœurs vont encore me faire remarquer que je suis mortelle et qu’il n’est pas conseillé de maltraiter sa chair. Je m’en moque.

      De toute façon, je suis seule. Toute seule. Tellement seule. Une solitude telle qu’elle en devient hors de commun.

      De temps en temps, de beaux guerriers viennent s’échouer ici. Aussi fougueux et vivants que de jeunes étalons ; leurs muscles tendus, luisants sous leur armure. Beaux comme des demi-dieux au moment de leur gloire. Ils restent tous ici, après avoir croisés mon regard. Au fil du temps, je m’habitue à les voir, figés et silencieux, à tel ou tel endroit. Une expression est ancrée dans les traits de leur visage, si effrayante qu’elle en est unique. Et pourtant ils la partagent tous. C’est comme un mélange de peur, d’impuissance et de désespoir qui réduit en poussière leur divine beauté. Comment peuvent-ils se permettre de regarder mon enveloppe charnelle avec autant de dégoût ? Je suis, malgré les apparences, la plus belle. Et personne n’est digne de porter un regard méprisant sur moi. Le ciel en est témoin.

     

          Il fait noir et tout est silencieux. Seul le vent, porte les plaintes lointaines des naufragés. J’ai perdu l’habitude d’y prêter attention.

      Je cours, sur cette terre aride qui est maintenant la mienne. Je cours le plus vite possible. Je cours la bouche grande ouverte. Je cours des heures durant. Je cours sans être essoufflée. Je cours jusqu’à ce que mes pieds saignent, qu’ils s’enduisent de ce sang impur. Mes sœurs ont affirmés que courir comme moi je le fais, ne provoque pas la mort. Pourtant, je cours dans l’espoir qu’elles aient tort. Je cours dans l’espoir d’une délivrance mortelle. Bien sûr, j’aurais pu trouver un moyen plus rapide, mais il m’est interdit de me tuer. Donc je cours. Peut-être que mes pensées s’envoleront derrière moi ou que mes plaies seront telles que je serais contrainte de partir le monde des morts, délivrées à jamais du poids de cette laideur permanente.

      J’ai tellement couru que le soleil est haut dans le ciel. Mes mollets sont couverts de jets rouges poussiéreux. Je marche jusqu’aux dalles de pierres qui soulagent la plante de mes pieds meurtris. Lentement, des gouttes jaillissent de mes yeux dilatés. Petit à petit, mes joues en sont noyées.

     

     

          Le jeune héros ne quittait pas de yeux son bouclier. Il fixait l’affreux monstre qu’il devait abattre. Soudain, il sortit son glaive et lui trancha la gorge. La tête de Méduse était mouillée de larmes.

     

                                                                                                 -Alix

                                                                                     

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  • Commentaires

    1
    Mardi 30 Septembre 2014 à 11:19

    La chute.... elle est extra , j'aime ça !!!

    Encore une fois, tu donne un très beau rendu dans ton texte, tu installe très bien l'ambiance tout ça, tes textes sont toujours agréables..

    Merci !

    À bientôt ^^

    2
    Mardi 30 Septembre 2014 à 21:08

    Merci pour ce commentaire mais aussi merci d'être passée ^-^

                                                                                     -Alix

    3
    Vendredi 10 Octobre 2014 à 20:27

    Tu devrais écrire un livre je te jure ! :D

    Tu décrit si bien, c'est pas que je veux me répéter encore, mais c'est surprenant pour moi, tu m'étonne de plus en plus. Lorsque tu écris un nouveau texte tu évolue de plus en plus et c'est vraiment très bien. Vraiment très très bien.

    Personnellement Celui ci est un de mes préférées, cette petite histoire est si expressif, elle ma touché, je me suis mis dans la peau de cette fille. C'était tellement facile de rentré dedans, avec cette écriture que tu as, qui rend la lecture si facile, si aspirante, ce qui fais de tes textes des œuvres exceptionnel.

    Grosse bises de ma part.

    - Sheila -

    4
    Vendredi 10 Octobre 2014 à 22:25

    Merci beaucoup pour tout  ce que tu me dis... Je n'ai pas énormément confiance en mon écriture et le fait que tu ais lu une bonne partie de mes textes, que tu les ais commenté avec précision et qu'en plus tu les aimes me fait très plaisir... Au moins, il y a une personne qui aime ce que j'écris et cette personne c'est toi... Merci...

                                                              -Alix

    5
    Samedi 11 Octobre 2014 à 09:20

    Tu devrais prendre confiance en toi,  parce que moi  je te le dit, j'adore tes textes, et ils sont vraiment magnifique !

    De rien c'est avec grand plaisir que moi je lis tes textes.

    Prend confiance en toi et bon courage pour la suite !

                                                            

                                                             -Sheila-

    6
    Ya
    Jeudi 23 Octobre 2014 à 10:53

    Moi aussi je trouve que tu écris très bien Alix ! Ce texte est super ! J'adore la façon dont tu nous fait suivre le personnage puis découvrir son identité !

    Merci beaucoup pour tes surprenants textes

    Ya

    7
    Jeudi 23 Octobre 2014 à 19:06

    Merci infiniment à vous deux...

                                    -Alix

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